top of page

Les douze moines (mémoires de l'eau)

  • juliengautherot
  • 3 févr.
  • 6 min de lecture

Lundi 2 février 2026 après-midi


Il fait grand soleil, et je marche au bord de la Seine. Je ne devrais pas être là, j’avais normalement rendez-vous à 20km d'ici.

Je suis dans cet état légèrement dissocié, quand je suis connecté un peu plus fort à l'invisible ; une sorte de demi-transe.

Je m'approche du bord, et plonge ma main dans l'eau.

Des images jaillissent.

Des moines, s'agitant dans l'eau, empêtrés et alourdis par leurs soutanes épaisses, gorgées comme des éponges. Ils s'affolent, crient, luttent en vain. Je sais qu'ils sont douze.

Ils finiront tous noyés.

Dans la barque qui les surplombe, des hommes s'esclaffent et rient de leur sort.

Des guerriers.


Des Vikings.


---------------------------------


Cette histoire a commencé pour moi il y a deux semaines.

Je faisais une promenade dans ce même endroit, quand, pour je ne sais quelle raison, je me suis soudain senti attiré par l'eau. En m'approchant du bord, je suis tombé sur une croix plantée dans la berge, une croix récente, en bois. Je suis resté planté là, à coté de cette croix, à contempler l'eau s’écoulant lentement, avec une sensation confuse. Quelque chose attendait que je prenne contact, que j'agisse pour lui. Mais je n'ai pas creusé davantage. Je n'en avais ni l'envie ni l'énergie, à ce moment.


Puis mon esprit ancêtre Hi Hana Ktuk avait annoncé à Anne que "les énergies ont changé dans les environs" la dernière fois qu'il était "descendu" à Louviers. Il avait parlait d'une certaine hostilité.


Enfin, ça a continué hier. J'étais au téléphone avec mon amie Audrey, qui est chamane près de Rouen. On discutait de nos progrès et avancées respectives, quand elle m'a demandé : "Tu ne ressens pas quelque chose de spécial avec la Seine ? De mon côté j'ai pas mal de signes qui me renvoient vers elle, comme s'il y avait un travail de purification à l'œuvre. Comme je sais que tu es dans le coin en ce moment..."


Les différentes boussoles concordaient donc.

"J'irai voir, et je te tiens au courant" j'ai répondu.


Restait à trouver quand y aller.

Ce lundi, je n'avais aucun rendez-vous pro, mais j'avais occupé la matinée à ravitailler le frigo, pour la semaine avec les enfants. J'avais aussi écrit, pour mon livre. Quant à l'après-midi, je devais aller donner mon sang ; les réserves étaient à sec, et l'EFS battait la campagne pour motiver les donneurs. J'avais donc décidé d'aller voir la Seine plus tard. Rien ne pressait, après tout. Et je voulais prendre le temps de le faire bien.


Mais l'Univers avait décidé que c'était aujourd'hui que ça devait se passer.


Car en début d'après-midi, le téléphone sonne :

"Allô, monsieur Julien Gautherot ? C'est Héloïse, de l'Etablissement Français du Sang. Malheureusement nous devons annuler votre créneau de passage cet après-midi, un de nos collègues a du s'absenter et nous sommes en sous-effectif pour prélever."


Mon agenda vient d'être déblayé d'un coup. Et le soleil brille ; pourquoi pas une balade ?

Donc, direction la Seine. J'ai deux heures devant moi.


Sur la route, ma jambe droite s'agite, est prise de spasmes de plus en plus forts. C'est un signe habituel pour moi, qui indique que la magie des ancêtres a démarré, ils sont là et impatients d'œuvrer à travers moi. Je les calme : "Ah non ! Pas quand je conduis !" 

Ils s'apaisent. Un peu.

Conduire avec deux enfants surexcités à l'arrière, vous voyez ?


Arrivé au bord du fleuve, je ressens en effet qu'il y a là, dans cette eau, une forte attente. Alors je me mets en état de transe légère, m'accroupis sur la berge et plonge ma main dans l'eau froide.


Et j’ai donc cette vision qui surgit.

Douze moines qui se noient dans la Seine. Ils sont les douze frères d'un tout petit prieuré. Je sais même que ce cloître était installé sur la rive droite, un peu en aval d'ici.


D'autres informations affluent.


Des barques Vikings ont surgi au petit matin. Ce doit être une des toutes premières incursions des northmen, car les moines ne s'attendaient absolument pas à voir de tels guerriers remonter le fleuve. Et ces derniers n'ont jamais vu de moines non plus. Leurs soutanes, leurs tonsures, leur attitude craintive et le fait qu'ils ne possèdent pas d'arme, tout cela a beaucoup étonné les Vikings. Ils les trouvent grotesques, je ressens de la moquerie et du mépris. Ils considèrent que ce ne sont pas "des vrais hommes".


Alors, à la fois pour s'amuser, et aussi pour les soumettre au jugement de leurs Dieux, ils ont embarqué les moines de force sur leur bateau. Et arrivés au milieu du fleuve, ils les ont précipités dans l'eau glaciale.


Je comprends alors que si les moines avaient regagné la rive, ils auraient eu la vie sauve.


Mais voilà : ils ne savaient pas nager, ils étaient terrorisés, et alourdis par leur robe de bure gorgées d'eau glacée, ils se sont rapidement noyés les uns après les autres. Sous les rires et les moqueries des guerriers.


C'est alors que je reviens au présent, et l'Eau elle-même s'adresse directement à moi : cette mémoire qu'elle porte depuis plus de mille ans, elle n'en veut plus. Elle en est pleine, et il est temps de l'en débarrasser, de la purifier. Elle m'indique même quoi faire de cette mémoire : elle doit retourner là où elle devrait être, dans la mémoire des hommes. Pas dans celle de l'Eau.


Je comprends alors que ce que je prenais au départ pour un passage d'âme "classique" n'en est pas un : c'est vraiment un travail de libération de mémoire qui m'est demandé.


Et l'Eau me montre aussi comment faire.

Alors avec ma main, je récolte une première "louchée" d'eau de la Seine dans ma paume. Je lève la main en direction du ciel, et souffle puissamment dessus. Je projette l'eau, les gouttes volent et retombent. La mémoire contenue dedans, elle, s'envole pour de bon. Et je recommence ce geste, douze fois en tout.


« On » compte aussi sur moi pour raviver cette mémoire dans celle des hommes. Comment faire ça ? Simple : en parler. Plus il y aura de gens qui sauront, qui "se souviendront", plus cela réancrera ce souvenir dans notre mémoire collective, et libérera l'Eau de ce poids.


C'est ainsi que ce même lundi, au soir, me voilà à écrire ce post.


Pour partager la mémoire de ces douze moines, assassinés cruellement sous les moqueries.

Pour divertir des pillards.


L'Eau ne m'a pas transmis que cela, cet après-midi.

Du travail comme celui que je viens de faire, il y en a encore. Beaucoup.

Nous allons avoir du pain sur la planche avec Audrey. Et d'autres chamanes probablement.


L’Eau attend aussi davantage de considération.

Elle est Sacrée et il est temps que l’on s’en souvienne. Les gaulois avaient sacré ce fleuve du nom de leur déesse Sequana. Son eau avait pour eux un pouvoir guérisseur. Tiens, tiens.

Et la Seine actuelle aimerait qu'on l'honore davantage. Et qu'on l'aide à se guérir.


Alors, je transmets également son message. Maintenant, vous savez cela, vous aussi.

Pensez-y, la prochaine fois que vous la croiserez.


Car, aussi déroutant ou incongru que cette anecdote puisse vous paraître, c'est aussi ça, le boulot d'un chamane : il ne s'adresse pas qu'aux humains. Véhiculer des messages, des demandes, des énergies, des libérations, rétablir des équilibres rompus, tout cela se fait aussi pour et avec des lieux, des roches, plantes et animaux, des éléments, des entités de la nature dans laquelle nous vivons.


Car le monde qui nous entoure est mille fois plus vivant et magique que ce que nous pourrons jamais imaginer. Et, donc, chargé de (nos) mémoires.


Nos actions laissent des traces ici-bas.


Mais pourquoi est-ce que cela se manifeste aujourd'hui ? Nous en avons discuté avec Audrey, qui a fait un lien intéressant : peut-être est-ce relié à cette exposition sur les Vikings, qui s'est installée sur les quais de Rouen. Une exposition immersive, qui présente les exploits de ces fiers et farouches aventuriers. Et qui, peut-être, braque un peu trop le projecteur sur leurs "bons côtés", qui idéalise leur héritage, leur vie et leurs actes, bref : qui "vend du rêve" ?


Alors peut-être est-il juste que notre mémoire conserve aussi la traces des atrocités qu'ils ont commises. Car ceux que j'ai vu dans ma vision, n'avaient rien de ces aventuriers grands et magnanimes, mus par une soif de découvertes et de nobles conquêtes.


Ceux-là étaient des pillards cupides et brutaux, qui tuaient même quand il n'y avait aucune menace pour eux. Pour le simple plaisir de rire de l'infortune des autres, pendant qu'il leurs faisaient les poches.


C'était ça aussi, les Vikings conquérants.


Parler de cela est encore un travail chamanique : restaurer des équilibres rompus.

Mais cette fois, dans notre mémoire collective, qui a tendance à "filtrer" et idéaliser nos ancêtres et fantasmer le passé. Surtout lorsque ce passé permet d'embellir l'histoire que l'on se raconte au présent. Car être les héritiers des Vikings fait rêver les Normands !


Enfin, l’autre magie de cette petite aventure, le cadeau que j'en garderai, moi, c’est ce travail en équipe.


Avec les ancêtres de l'invisible et Anne, mais aussi entre chamanes avec Audrey. Et peut-être d'autres un jour, qui sait ?


On recoupe nos ressentis, on unit nos capacités ; pour nous, pour vous. Pour le collectif, et pour la Nature.


Et ça, c’est peut-être le plus bel enseignement, que passé et présent nous montrent aujourd'hui : unir nos talents pour préparer demain.


Merci de m'avoir lu :)


Cette image me rappelle mes propres cours de natation (j'ai détesté car le prof hurlait)
Cette image me rappelle mes propres cours de natation (j'ai détesté car le prof hurlait)

 
 
 

Commentaires


bottom of page