La croix de pont de l'arche (suite d'une aventure chamanique)
- juliengautherot
- 17 mars
- 5 min de lecture
En février, je vous racontais l'infortune de douze moines, noyés dans la Seine par les Vikings au neuvième siècle. Et je vous partageais (ici si besoin) comment cette capsule mémorielle, contenue dans l'eau du fleuve, avait besoin d'être "extraite" de la nature qui l'a portée si longtemps, pour être réintégrée dans la mémoire collective des Hommes.
Hé bien, ainsi que le titre de ce post l'annonce, il y a eu une suite, et des signes assez hallucinants ! Dont l'un me fut transmis par... Lorànt Deutsch. Bon il ne le sait pas lui-même, mais l'anecdote vaut tout de même son pesant de cacahuètes. Je vous raconte.
Donc après ce premier épisode, je pensais avoir terminé le boulot de nettoyage de cette mémoire. Mais plusieurs informations communiquées depuis là-haut, sont rapidement venues indiquer qu'il y avait pourtant encore à faire.
La toute première de ces informations : je devais honorer la mémoire de ces douze moines en leur érigeant une croix en bois, qui serait à installer au bord du fleuve. Rien de compliqué, une belle branche trouvée en forêt et apprêtée en croix ferait l'affaire.
Seconde information : pour que cette trace de mémoire du passé remonte bien dans la mémoire collective des hommes, une plaque commémorative était nécessaire. Et pas n'importe comment : rédigée en latin ! Pas franchement emballé à l'idée de dépoussiérer mon Gaffiot de l'étagère (les anciens potes des cours de latin sauront de quoi je parle !) j'ai fait une découverte qui m'a grandement facilité le travail : Google sait aussi traduire en latin !
Dont acte, un texte court et efficace :
In Memoriam duodecim monachorum qui hic a Vikingis submersi sunt (Saeculo IX)
In French : à la mémoire des douze moines noyés ici par les Vikings (9e siècle).
La troisième information indiqua le lieu : Pont de l'Arche, petite bourgade située à la confluence de l'Eure et de la Seine.
C'était étrange, cette indication... car le début de toute cette aventure se situait à une bonne dizaine de kilomètres en amont du fleuve, à Portejoie (joli nom, non ?) Et ce lieu constituait pour moi l'emplacement idéal où cette croix devait être installée : c'était ici que la mémoire était remontée à moi la première fois.
Mais j'étais bien trop dans le mental... et les esprits n'allaient pas tarder de me le prouver.
J'avais donc amené cette croix avec moi à Louviers cette semaine-là, et me proposais d'aller repérer les lieux et décider de l'endroit quand j'aurai le temps. Mais ce matin, alors que j'avais prévu tout autre chose, les esprits se manifestent et me montrent mentalement la petite église si caractéristique de Pont de l'Arche, juchée en surplomb du village et de la Seine. Ils insistent. Je comprends que c'est LE moment, et que je dois suivre ce nouveau plan.
Je charge donc la croix dans mon coffre de voiture et prends le départ. J'ai toujours en tête cette envie de retourner sur le premier lieu, à Portejoie. Cela me semble si logique... Mais les esprits me montrent à nouveau l'église de Pont de l'Arche.
Confusion, je me mets à douter de ma boussole interne. Alors je fais une chose que je n'avais plus faite depuis longtemps, je leur demande un signe immédiat et "inratable" :
"J'irais à Pont de l'Arche si vous me faites un signe en ce sens !"
Hi Hana Ktuk hausse soudain le ton dans ma tête, il est impérieux :
"Tu n'en es plus là ! Tu es chamane, agis comme tel."
Puis il se radoucit :
"Fie-toi à ce qui t'est montré."
Un peu piteusement, comme un écolier réprimandé par le maître, je roule donc direction Pont de l'Arche. J'apaise mon mental et décide de faire confiance aux esprits.
Sur le parcours, je me retrouve arrêté un court instant. Là, deux hommes sont en train d'installer ce qui ressemble à une banderole. Au moment où je redémarre, celle-ci échappe des mains d'un des deux hommes. Elle se déroule, dévoilant juste deux mots : "Notre Dame".
C'est le nom de l'église de ce Pont de l'Arche ! J'ai cette pensée que maintenant que j'ai accepté d'avancer dans le sens indiqué, on m'encourage quand même un petit peu !
Amusé, je file vers le village et me gare au pied du pont. Sur les bords de la Seine, je trouve un joli bosquet d'aubépines disposées en cercle, qui sera parfait comme écrin. Je pratiques quelques rituels pour le lieu et pour le fleuve, ainsi que pour chacun des douze moines, puis installe la croix. Une fois terminé, je contemple une dernière fois l'eau : un cormoran, qui devait être posé non loin, s'envole. Il est magnifique. Peut-être emporte-t-il avec lui dans le ciel un peu de la trace mémorielle ?
Je consulte ma montre, il est temps pour moi (d'essayer) de reprendre le cours "normal" d'une journée "normale". Mais arrivé chez moi, je ressens le besoin de me recueillir. Je médite alors devant l'autel de mes esprits, quand l'envie de tirer une carte de mon oracle me prend.
L'une d'elle jaillit aussitôt du paquet : "l'esprit du fleuve".
Allons bon, on reste dans le thème. Petit clin d'œil de la Seine ?
Plus tard dans la journée, me voilà de nouveau en voiture pour aller chercher mon fils au lycée. Sur ce trajet, j'adore écouter le podcast de Lorànt Deutsch "Entrez dans l'Histoire". Mais je m'aperçois que j'ai déjà écouté tous les épisodes récents.... je fais défiler la liste, quand l'un d'eux, caché tout en bas et que je n'avais d'ailleurs jamais vu, attire mon attention : "Les Vikings à Paris".
Tiens tiens. On reste ENCORE dans le thème ! Je l'écoute, et me laisse cueillir : Lorànt nous raconte l'histoire des invasions des northmen vues par... un moine ! Le narrateur se base en effet sur les écrits vrais d'un moine prénommé Abon pour décrire l'histoire. La Seine, les Vikings, un moine, des martyrs... la résonnance avec l'emploi du temps de ma matinée m'interpelle.
Quand soudain, depuis son studio Parisien d'où il enregistre, notre bon Lorànt lâche quelques mots, des mots que je n'attendais absolument pas.
Des mots qui me confirment, si besoin était, que j'ai bien fait d'écouter les ancêtres :
"Pont de l'Arche"
Lorànt est là, en train de décrire la prise du village de Pont de l'Arche par Björn Côtes-de-fer. Normal, quoi !
Alors, je ressens une profonde gratitude.
Car par ces signes, je comprends que, ce matin, j'ai travaillé pour une belle et juste cause.
Et je me sens honoré d'avoir été appelé là, sur cette "mission".
Je mesure toute la beauté de ce métier de chamane : on ne travaille pas qu'avec des gens, ni que pour gagner son pain.
On travaille aussi souvent... pour l'ailleurs, pour le Tout.
Sans toujours comprendre, mais toujours avec le coeur.
Et finalement, plutôt qu'un job de chamane...
Ne serait-ce pas tout simplement le travail de tout Humain ?
Merci de m'avoir lu !

Bon en vrai, la croix est bien droite... c'est l'objectif 0,5x de mon téléphone qui donne cet effet de traviole :)




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