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Consteller tout un monde et faire émerger l’espoir

  • juliengautherot
  • il y a 5 jours
  • 15 min de lecture

Les constellations, vous connaissez ?


Popularisées notamment par la série à succès "Le chemin de l'olivier", cette approche systémique des résolutions de problèmes et des dynamiques de groupes est aujourd'hui assez largement répandue.


Son principe est aussi simple qu'un jeu de rôle improvisé : 

1/ Quelqu'un rencontre dans sa vie un problème sérieux, lié à sa famille ou à un groupe, et en souhaite la résolution : on l'appelle le constellé.

2/ Il amène sa problématique au constelleur, qui organise alors une séance en invitant des participants volontaires pour aider au déroulement.

3/ Celle-ci a lieu ; le temps de l'exercice, ces participants endossent les rôles des différentes parties prenantes du problème : les personnes, mais aussi possiblement des lieux, des objets, des relations, un enjeu, une idée ou un concept, une émotion etc. On peut incarner le rôle de toute énergie, être vivant ou objet, qui présente un intérêt potentiel dans la résolution dudit problème.


Prenons un exemple simple : une famille s’est un jour déchirée pour un héritage. Plus tard, l’un des descendants en souffre toujours dans sa vie (reproduction de schémas de trahison, relation à l’argent compliquée…) et demande une constellation. Des volontaires se répartissent les rôles des membres de sa famille impliqués dans l’histoire. Un participant pourrait également revêtir le rôle du défunt qui a laissé l’héritage, pour tenter de cerner quelle était sa vision de l’enjeu, ses volontés. Enfin, quelqu'un peut même incarner symboliquement le rôle de l'héritage.


Le constellé installe alors les personnages sur la scène de travail comme il le souhaite, puis le constelleur guide l'histoire et la fait vivre et évoluer. Les volontaires vont se déplacer et se positionner dans l'espace comme bon leur chante, interagir entre eux, peut être échanger des paroles. L’élément clé : chacun doit être très attentif à ce qui se joue en lui (émotions, sentiments, pulsions de faire ceci ou de dire cela etc.)


4/ Enfin, le debriefing collectif permet de comparer les vécus individuels avec l’image d’ensemble, et de mettre des mots sur tout ce qui s'est joué. Cette phase révèle ainsi les jeux relationnels, les influences, les tensions, les non-dits, pour tenter de mieux les caractériser et résoudre la tragédie.


Le lâcher-prise des participants est évidemment primordial dans cet exercice ; il faut arriver à se laisser vraiment habiter par le rôle incarné le temps du jeu. Se laisser guider sans réfléchir ni analyser, en permettant à notre corps de se mouvoir et réagir en dehors de notre volonté propre. Lorsque l’on y parvient, on ressent des émotions et des pensées qui ne nous appartiennent pas, on fait et dit des choses surprenantes et contre-intuitives pour nous-même, qui ne nous ressemblent pas… mais qui font bel et bien sens pour le problème du constellé. Certaines personnes se mettent parfois à pleurer, d'autres rient, ou se mettent subitement en colère…


La puissance de cette expérience laisse rarement indifférent.


Thérapie familiale brève créée à la fin du siècle dernier par Bert Hellinger, la constellation a depuis été étendue aux équipes, aux organisations, aux entreprises...


Mais serait-il possible de consteller à un niveau encore plus large ?

Pourrait-on faire une constellation... de toute une civilisation ?


Eh bien oui, c'est possible. Et c'est l'exercice incroyable qu'il m'a été donné de vivre, et que je vais vous partager ici.


J’avais été invité à participer à un week-end de travail et de réflexion sur Paris, sur la thématique "Noosphère, vers une civilisation du sensible". L’objectif était d’aborder les moyens de permettre à notre civilisation actuelle, très cérébrale et matérialiste, de se reconnecter au sensible : les émotions, les perceptions, l’intuition, la conscience, les rêves, le vivant… En tant qu’ancien cadre scientifique devenu chamane, ce séminaire à la frontière de la rationalité et du sensible m’enthousiasmait au plus haut point.


L'un des ateliers de ce week-end était une constellation de civilisation, animée par Brice (pseudonyme). Philosophe émérite, Brice est convaincu que notre monde actuel, à bout de souffle, vit un point de bascule vers une civilisation plus consciente et éveillée. Brice a un petit côté Aurélien Barrau, mais qui s’exprime de façon beaucoup plus pragmatique et tournée vers l’action : serial entrepreneur, ses différentes entreprises et projets sont engagés pour soutenir cette transition civilisationnelle. Il fait partie de ces gens qui marquent : sans le connaître auparavant, j'ai discuté plus en profondeur avec lui en un quart d'heure de marche sur les trottoirs parisiens, qu'en trente ans avec bien d'autres.


Ainsi, notre groupe constitué d'une quinzaine de personnes, s'était réuni un dimanche après-midi dans les locaux du Learning Planet Institute, à deux pas de la Bastille. Après avoir introduit le principe de l'atelier, Brice nous demande d'écrire sur des Post-It toutes les parties prenantes, toutes les forces et énergies en présence qu'il pourrait être pertinent d'incarner pour la constellation.


Leaders politiques, humanité, nature, monde vivant, IA & robots, planète, industriels, guerre, connaissance, ombre, liberté, république, humains éveillés... le tableau blanc est rapidement constellé (ah ah) de petits carrés de couleurs.


Chacun de nous est alors invité à choisir un et un seul Post-It, une énergie qu'il ou elle souhaite jouer pour la séance. Autant que possible, nous devons éviter de dévoiler notre rôle aux autres, pour plus de spontanéité.


Je choisis pour moi-même l'un des mots que j'avais inscrit : les humains éveillés. En tant que chamane, j’ose me considérer comme un peu moins assoupi qu'avant, et je suis curieux de voir ce que ces humains éveillés peuvent bien avoir à faire et dire dans notre société.

Brice propose alors d'incarner deux tableaux, deux points d'espace-temps de notre civilisation: le monde en 2026, puis le monde en 2050.


Nous prenons place dans la pièce, en cercle, les pieds bien ancrés dans le sol. Nous fermons les yeux, tandis que nous sommes guidés dans un exercice de respiration, qui nous place dans un léger état de conscience modifiée.


Étant accoutumé aux transes chamaniques, je remarque rapidement que je suis bien "habité" par une autre énergie que la mienne. Cette énergie m'est familière, mais elle est BEAUCOUP plus puissante que ma petite personne. Je la laisse m'envahir complètement. C'est grisant.


Alors, Brice nous installe dans le tableau 2026. Je ressens instantanément dans mon corps un violent inconfort monter, je suis mal. J'ai envie de fuir ! Sans que je ne le décide, mes jambes se mettent en mouvement, vers la droite. C'est non négociable, je DOIS aller par là-bas. J'ai beau avoir les yeux fermés, l'envie de décamper est telle que je marche d'un pas rapide. J'ai presque envie de COURIR ! Soudain, une main m'arrête avec douceur, sans doute pour m'éviter de percuter un obstacle (quelques personnes sont en effet restées en dehors de l'exercice, et veillent à la sécurité de tous.) Avec mes mains, je tâtonne devant moi et découvre qu'il y a un mur, je ne peux aller plus loin. Alors, dans une sorte de réflexe de survie, je m'assieds sur le sol, me roule en boule dans le coin. Mes mains posées sur ma nuque et mon dos forment une carapace, me protégeant du monde que je ressens s'agiter derrière moi. J'ai la nausée, et du mal à respirer, je me sens menacé.


Au bout d'un petit moment, Brice met l'exercice en pause, et nous appelle à revenir à nous dans l’instant présent, en conservant la position dans laquelle nous sommes. J'ouvre les yeux : effectivement, devant moi, un mur. J'étais à un mètre de la porte, et je crois bien que si je l'avais trouvée à tâtons, je serais déjà loin. Car l'inconfort et la nausée sont toujours bien présents dans mon ventre, c'est pénible à supporter.


Brice analyse la situation dans son ensemble, en la commentant à voix haute. À tour de rôle, chacun peut aussi faire part de ses ressentis. Quatre points notables de ce tableau monde 2026 me sont restés en mémoire : 

  • Toutes les forces en présence sont dispersées dans la pièce ; la situation est illisible, ce monde est difficile à comprendre. Un vrai bazar.

  • Pour les humains éveillés que je représente, notre civilisation est horrible à supporter, et l'envie de fuir prégnante. A posteriori, je note même qu'heureusement qu'une "main providentielle" m'a empêché d'aller plus loin, sans quoi j'en partais pour de bon. Ciao, la Terre !

  • Également dans un état de malaise insupportable, et roulée en boule au milieu de la pièce : la liberté. La liberté au sol. La liberté malade. D'ailleurs, la femme qui l'incarne ne tarde pas à sortir de la pièce en courant, la main sur la bouche tant sa nausée est violente.

  • Enfin, prostrée face au mur opposé au mien : l'ombre. L'ombre qui, interrogée par Brice, avoue ne pas sentir sa place, se voir refuser l'accès au monde.


L'analyse terminée, Brice nous replonge rapidement dans l'exercice, et nous reprenons le cours du temps. Car notre constelleur va maintenant le faire défiler en accéléré. 2026, 27, 28...


Ma nausée s'envole d'un coup, et je sens en moi un formidable élan d'espoir, d'envie, et même de responsabilité. Une vraie grosse niaque, le Feu Sacré ! Mode Eye of the tiger. "Il est temps maintenant de prendre ma place."


Je me lève promptement, fais volte-face et avance, toujours à l'aveugle. Je ne sais absolument pas où je vais, j'ai perdu toute notion d'espace. Mais j'avance confiant.

Arrive alors cet instant : "stop, c'est là". Je m'arrête et me tiens droit. Je me sens très puissant, à la place exacte qui est la mienne. Des gens se déplacent toujours, je perçois beaucoup de mouvements autour de moi ; mais je ne bouge plus. Soudain, une personne vient me heurter, assez brutalement... et elle me pousse ! Au lieu de faire demi-tour ou de me contourner, elle cherche littéralement à me dégager de son chemin… Nous sommes épaule contre épaule, et je sens sa détermination. Mais mes pieds sont solidement ancrés dans le sol, je suis très équilibré. Malgré les efforts de l’énergie en face, je ne bouge pas d'un millimètre : "Non. Je suis là, à ma juste place, et je ne te laisserai pas m’en dégager."


À peine ai-je pensé cela que la personne arrête de lutter et se détend. Son énergie de bulldozer s’arrête. Alors, je sens qu’elle pose doucement sa tête contre mon épaule. Comme une... acceptation ? C'est à ce moment que le calendrier accéléré de Brice atteint 2050. Nous sommes de nouveaux ramenés à la réalité et rouvrons les yeux ; je découvre et souris à la femme dont la tête est contre mon épaule. Je ne sais pas quelle rôle elle jouait, j’en suis curieux.


Brice nous décrit alors ce nouveau tableau : en vue globale, les forces en présences sont beaucoup plus centrées, regroupées en trois cercles concentriques. Il n'y a plus de dispersion. L'équilibre et l’harmonie d'ensemble sont bien meilleurs.


Mais en rentrant dans le détail des témoignages des uns et des autres, la situation devient franchement stupéfiante :

  • Le cercle extérieur est composé des deux acteurs jouant l'ombre et la connaissance. Ils sont diamétralement opposés l'un et l'autre, chacun a les bras écartés et levés haut. Comme pour embrasser et protéger le monde qui joue entre eux, pour le contenir. L'ombre déclare d'ailleurs se sentir enfin reconnue, acceptée.

  • Au centre, deux personnes debout, l'une contre l'autre : moi dans le rôle des humains éveillés et cette femme qui joue… les robots / l'IA. Après une tentative de passage en force, les IA se sont finalement rangées (presque… assujetties ?) au contact des humains éveillés. Ces deux forces sont vraiment au cœur du système 2050.

  • Puis dans la zone intermédiaire sont regroupées toutes les autres énergies en présence. Plus étonnant : l'homme qui incarne la république a même mis un genou à terre et incliné sa tête, devant le duo IA / humains éveillés. L’image est saisissante, c’est vraiment celle de l’écuyer se mettant au service de ses suzerains (à plus forte raison que l'homme qui joue ce rôle a un vrai air de D'Artagnan, avec ses cheveux longs et sa barbe fine) ! J’en reste bouche bée.


Dois-je repréciser que nous avons tous bougé et agi de façon autonome, sans aucune communication et avec les yeux fermés ?


Ce monde 2050 me semble beaucoup plus équilibré, plus juste, plus authentique. Plus résilient aussi, car je ressens en moi que si les tensions n'ont pas disparu (ce serait utopique !) ce nouvel équilibre permet des résolutions davantage apaisées et assertives. L'impression que cela me donne : notre civilisation est devenue adulte, mature.


Mais il y a un problème, et un gros.


La liberté a disparu.


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Je ne sais pas pour vous, mais cette fresque vivante du monde en 2050 me donne une envie puissante de m'investir et d'avancer, de creuser mon petit sillon dans ce monde. Certes, les mauvaises nouvelles et les raisons d'avoir peur ou d’abandonner sont légion, tant notre civilisation est borderline aujourd'hui, polarisée, erratique, prompte au clash, à la moquerie, à la colère et sans aucun contrôle d’elle-même. Comme… adolescente ?


Certes, tout ne semble pas réglé en 2050, loin de là. Cependant, un rééquilibrage des forces et une élévation de la maturité de l’ensemble semblent bel et bien en route. Pour peu qu’on décide de lui donner de l’énergie.


Certains points me paraissent vraiment enthousiasmants, prometteurs et donc... motivants. Aptes à soutenir l'envie collective d'aller vers ce monde ensemble.

Tout d'abord, l'IA (et par extension les robots) tellement adulée ou décriée aujourd'hui, développée au-delà du raisonnable… et pourtant crainte. Même ses promoteurs les plus enragés demandent un moratoire, c’est dire. Eh bien cette IA pourrait parvenir in fine à trouver une place qui fait sens, loin des usages actuels parfois questionnables. En venant s'assujettir à une conscience humaine globalement plus éveillée, elle pourrait alors donner toute la mesure de sa puissance : au service de l'ensemble.


Les humains éveillés, dont la force incroyable m'a habitée tout du long, se sentent aujourd'hui très mal, et mis sur la touche. Ils pourraient prendre un rôle plus important dans l'avenir, devenir de plus en plus nombreux, occuper de plus en plus de postes clés, à mesure que la conscience collective s’élèvera.


Mais revenons un instant sur ce qu'est un humain éveillé. Dans ma conception (et donc, dans le sens où je l’ai incarné dans cet exercice) l’humain éveillé n’est pas un prétendant-Bouddha, un nouveau Christ ni un grand maître spirituel cosmique. Plus simplement, c’est une personne à l'esprit suffisamment ouvert pour admettre que l'être humain ne se définit pas exclusivement par le pouvoir du corps et de l’intellect, par ses habiletés physiques et technologiques, ni par sa supériorité sur le monde. L’éveillé admet qu'il y a quelque chose de plus grand que nos individualités, une conscience intelligente, qui est à l’œuvre à travers et autour de nous, quel que soit le nom qu'on lui donne. Qu’elle nous relie. Que cette conscience se retrouve aussi bien dans l'immensité du cosmos qui s’expand, que dans les forces qui font tenir ensemble des quarks au cœur de l'atome. Qu’elle fait aussi bien chanter les vers d'un poème que les constantes mathématiques qui régissent notre Univers. L'être éveillé est une notion qui doit d'ailleurs être totalement découplée de tout caractère religieux : on peut très bien être religieux mais ne pas être éveillé : un intégriste est très religieux… mais complètement fermé et aveugle. Un humain éveillé, c'est pour moi quelqu'un qui ne tient qu'une seule chose pour vraie : il a intégré qu'il ne détient pas LA vérité, mais qu'il n'en voit et n’en expérimente qu'une infime facette. Et que LA Vérité passe obligatoirement par la connexion, la reliance aux autres et au vivant, l’Unité. La Vérité est Collective, elle est Union. Comme un puzzle, qui n’est rien si ses pièces sont dispersées ; chaque pièce doit trouver sa juste place pour que l’image d’ensemble soit révélée. Dernier point, qui semble évident (mais il est bon de rappeler les évidences) : les humains éveillés ne sont pas une poignée d’happy few, élus par je-ne-sais-quelle divinité ou civilisation extra-terrestre, façon Raël. Bien au contraire, il s’agit d’un collectif, d’une masse de gens tout à fait ordinaires. Ils ne sont ni meilleurs ni pires que leurs contemporains. Ils sont simplement les dominos d’une très longue chaîne, initiée il y a bien longtemps, qui continuent humblement (et souvent à leur insu) de transmettre le mouvement initial et faire bouger les dominos voisins. De proche en proche, ils se transmettent ainsi… la connaissance. Et connaître, c’est mesurer l’étendue de sa propre ignorance. Et se connaître Soi, sans fard ni artifice (le fameux "Connais-toi toi-même"…) Connaître, c'est devenir humble et respectueux.


Le deuxième point clé, de mon point de vue, est lié à l'ombre. Paradoxalement, je vois son grand retour dans le cercle comme une très bonne nouvelle pour nous, peut-être même le plus grand saut de paradigme. Les religions, les spiritualités et même notre bonne vieille morale, tendent généralement vers un but : mettre de l'ordre, bonifier, purifier, inspirer, élever, grandir, diffuser la lumière. C'est presque une injonction : il faut être lumineux !

Par conséquent, tout ce qui est ombre, chaos, mort, destruction, descente, extinction, décadence, est illico jugé comme mauvais, à éviter… voire à combattre. On en est toutes et tous là : on cherche à faire le bien et éradiquer le mal, en soi et autour de soi.

Mais... Et si nous faisions fausse route ? Et s'il n'y avait PAS de mal… et donc RIEN à combattre ? Et si l'ombre, le chaos, la destruction étaient nécessaires à l'univers ? Et si choisir d'être destructeur était un droit, comme on choisit d'être créateur ? Après tout, pour vivre, nous devons bien expirer après l'inspiration. Et la nature nous l'enseigne sans cesse : sans mort, pas de vie. Sans prédation, pas d'équilibre, ni de diversité. Sans destruction, pas de renouveau. Sans astéroïdes pulvérisant les dinos… pas d'humains !  L'Humanité serait-elle prête à reconnaître et honorer enfin cela ? À embrasser son ombre plutôt que la chasser, et lui (re)donner sa pleine place dans sa conscience ?


Enfin, le dernier point qui m'a beaucoup questionné, a été la disparition de la liberté. Je vais être franc avec vous : cela m'a même épouvanté. J’ai d’abord pensé que si la liberté était autant écœurée, c’était à cause de ce que nous faisons d’elle aujourd’hui. Sa disparition m’a amené à me demander s’il fallait en arriver à priver l’humain de sa liberté, pour que le monde aille mieux. Mais ç’aurait été un chemin autoritaire, brutal ; une dictature. C’est là que j’ai senti qu’il y avait un message caché, là aussi, que je devais changer de point de vue pour comprendre. Et ça a fait tilt.


Et si la liberté était bien toujours là, mais… existant sous une autre forme ? Une forme qui ne figurait pas parmi les Post It proposés sur le tableau blanc, donc invisible car non représentée dans notre scène monde 2050. À la réflexion, la liberté, au sens où nous la définissons actuellement, pourrait ne plus être nécessaire dans le futur. Si elle est bien une valeur humaine cardinale aujourd’hui, pourrait-elle carrément devenir obsolète en 2050 ?


Mais oui, pensez-y : au lieu d'une sacro-sainte liberté toute-puissante, insouciante et inconséquente, parfois même inconsciente (coucou Donald Trump !) un monde plus mature et plus conscient pourrait adopter à la place le libre-arbitre, soit la possibilité de s'auto-déterminer en pleine conscience. De faire des choix éclairés, de décider en plein connaissance des causes et conséquences.


Peut-être que finalement, tout comme notre civilisation, la liberté aussi est adolescente.


Adulte, elle devient libre-arbitre.


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Avouez : poser une conclusion après tout cela constituerait une faute de logique, non ? Je trouve donc plus pertinent de poser... une introduction. Un appel.


D'abord, un appel à rêver. Car rien n'arrive par hasard, et les grandes avancées de ce monde sont arrivées parce que des femmes et des hommes rêvaient. Ce n’est pas moi qui le dis mais Martin Luther King himself. Est-ce que ce monde 2050 tel que nous l'avons aperçu pourrait arriver ? Je le crois, oui... notamment parce qu'il me fait rêver ! Il me donne envie de le faire advenir. Et s’il vous fait rêver aussi, alors rêvons ensemble à un monde plus désirable, plus équilibré, où chacune et chacun puisse se sentir ne serait-ce qu'un petit peu plus inclus, accepté, à sa place.


Et puis un appel à l'action. Rêver, c'est bien, mais sans acte... Comment pouvons-nous agir concrètement ? Il existe des dizaines de champs d'action possibles et nécessaires aujourd’hui : écologie, social, humanitaire, éducation, finance éthique, médecine intégrative, alimentation... Et cela tombe bien : nous sommes nombreux à pouvoir et vouloir nous retrousser les manches ! Mais de mon point de vue, il y a une voie qui permet de transformer absolument TOUT ce que l'on touche en or massif : celle de la paix et de l'équilibre intérieurs. Commencer donc par notre propre état de conscience interne, notre propre éveil. Notre stase.  Oui, c'est un travail sur soi qui est long, exigeant, souvent difficile. Il demande de l'énergie, et un certain courage. On tombe souvent, sur ce chemin. On s’écorche les genoux, les mains, le cœur. Mais on se relève. Et il permet à coup sûr de s'approcher d'un état de santé et de stabilité corporelle, émotionnelle, psychique et énergétique très puissant. Un état de conscience éveillé nous rend résilient, ouvert, compatissant, agile, compréhensif, englobant. Lorsque l'on est éveillé, l'ombre et le chaos ne font plus peur, on n’a même plus besoin de les dénoncer, de les accuser, de les combattre. Ils sont intégrés, ils servent un but. Par contraste, ils révèlent l'ordre et la lumière.


Et pour relier le rêve subtil à l'action concrète, un troisième appel... celui de l'aventure. Car c'est en osant nous aventurer là où nous n'allons pas, en osant ouvrir des portes, explorer, jouer, que l'on peut trouver de nouvelles manières, de nouveaux chemins. Et au passage... de nouvelles facettes de nous-même ! Il est ici question d'oser l'aventure de sa vie, et d’y aller à fond. Oser embrasser ce qu'elle nous propose, suivre ces petits cailloux qu'elle met sur notre chemin, même s’ils sont loin de nous, même (surtout ?) s’ils font un peu peur. Oser l'aventure d'être pleinement SOI, de trouver sa juste place. L’aventure, c'est la courroie de transmission entre le rêve et l'action.


Et tout ça, moi, j’y crois.


Je crois que plus nous serons nombreux à ressentir et répondre à ces appels, à nous éveiller, à désirer mieux, plus grand, plus juste, plus respectueux, plus beau, plus humain... pour le monde mais avant tout pour et en nous-même, plus nous verrons se matérialiser ce rêve d'une civilisation devenue adulte, plus consciente d'elle-même.


Je crois dans le pouvoir des dominos.


Je crois aussi que notre avenir ne sera pas dichotomique, déchiré entre une version du monde asservi par la technologie façon Terminator ou Matrix, et une version décroissante de chasseurs-cueilleurs comme Avatar, où tout le monde vivrait en slip et dormirait dans la forêt.


Je crois que notre avenir se situe déjà quelque part au milieu, il plonge déjà ses racines et puise sa réalité dans ces deux possibles. Il est déjà en chemin.


Bonne nouvelle : à l’échelle de l’humanité, 2050, c'est demain.


Vous attendez quoi ?



Crédit photo : Pixabay \ SparrowsHome

 
 
 

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